Le zona touche chaque année près de 235 000 personnes en France, principalement après 50 ans. Cette réactivation du virus de la varicelle se traduit par une éruption douloureuse, et peut laisser des séquelles longues à traiter. Voici un guide complet pour comprendre la maladie, organiser les soins à domicile et envisager la vaccination Shingrix, désormais remboursée.
À retenir
- Le zona est dû à la réactivation du virus de la varicelle (VZV), souvent à la faveur d'une baisse d'immunité liée à l'âge ou à une maladie.
- Le traitement antiviral (valaciclovir, aciclovir, famciclovir) doit être débuté dans les 72 heures suivant l'apparition des vésicules.
- L'infirmier à domicile assure les soins locaux, surveille la douleur, dépiste les complications et coordonne la prise en charge avec le médecin.
- Le vaccin Shingrix est recommandé et remboursé à 65 % depuis le 14 décembre 2024 pour les 65 ans et plus et les personnes immunodéprimées de 18 ans et plus.
- Toute suspicion de zona ophtalmique impose une consultation médicale en urgence.
1. Qu'est-ce que le zona ?
Le zona est une maladie virale provoquée par la réactivation du virus varicelle-zona, ou VZV (virus de la famille des Herpesviridae). Après une varicelle dans l'enfance, ce virus reste « endormi » dans les ganglions nerveux sensitifs, parfois pendant des décennies. Lorsqu'il se réveille, il chemine le long d'un nerf jusqu'à la peau et provoque une éruption caractéristique.
Le mot « zona » vient du grec zôstêr, qui signifie ceinture. C'est l'image classique : une bande de vésicules sur un seul côté du corps, qui suit le territoire d'un nerf, appelé dermatome. À la différence de la varicelle, qui couvre tout le corps, le zona reste localisé et unilatéral.
Selon Santé publique France, environ 20 % de la population présentera au moins un zona au cours de sa vie. La fréquence augmente nettement avec l'âge, en raison du déclin progressif de l'immunité cellulaire spécifique anti-VZV.
2. Combien de personnes sont touchées en France ?
L'incidence annuelle est estimée à environ 5 cas pour 1 000 personnes en population générale, et grimpe à 5 à 10 cas pour 1 000 chez les personnes de plus de 60 ans. Cela représente près de 235 000 nouveaux cas chaque année.
D'après la HAS, le taux d'incidence annuel du zona dans la population française vue en médecine générale est de 346 nouveaux cas pour 100 000 habitants. Plus de 60 % des cas surviennent après l'âge de 45 ans, et 69 % concernent les 50 à 89 ans.
D'après les données PMSI exploitées par la Haute Autorité de Santé en 2024, la France enregistre en moyenne 2 586 séjours hospitaliers par an pour zona et douleurs post-zostériennes sur la période 2008 à 2021, dont 72 % chez les plus de 65 ans.
3. Quels sont les facteurs de risque ?
- L'âge, principalement après 50 ans, avec une incidence qui double après 60 ans.
- L'immunodépression, qu'elle soit liée à une maladie (cancer hématologique, VIH, greffe, maladies auto-immunes) ou à un traitement (corticothérapie au long cours, chimiothérapie, immunosuppresseurs).
- Les pathologies chroniques : diabète, insuffisance rénale, BPCO, maladie cardiovasculaire.
- Le stress prolongé et la fatigue intense, qui peuvent abaisser temporairement les défenses immunitaires.
- Certaines périodes de vie comme une convalescence post-opératoire ou une hospitalisation récente.
4. Les phases du zona
Phase prodromique
Pendant 1 à 5 jours avant l'éruption, vous pouvez ressentir des picotements, des brûlures, des élancements ou une hypersensibilité au toucher sur une zone bien délimitée. Une fièvre modérée, des céphalées, une fatigue inhabituelle peuvent compléter le tableau.
Phase éruptive
L'éruption apparaît sous forme de placards rouges, puis de vésicules groupées en bouquets, remplies de liquide clair. Ces vésicules sont strictement unilatérales et suivent le trajet d'un nerf. Le liquide devient ensuite trouble, puis les lésions se dessèchent et forment des croûtes. Cette phase dure en général deux à trois semaines.
Phase de cicatrisation
Les croûtes tombent progressivement, en deux à quatre semaines. La peau peut rester sensible, légèrement dépigmentée ou pigmentée. Chez certains patients, surtout après 50 ans, la douleur persiste : ce sont les douleurs post-zostériennes.
5. Les différentes localisations
- Zona thoracique ou intercostal : la forme la plus fréquente, dans plus d'un cas sur deux.
- Zona ophtalmique : environ 7 % des zonas, impose une prise en charge en urgence.
- Zona auriculaire (syndrome de Ramsay Hunt) : éruption dans le conduit auditif, douleurs vives, parfois paralysie faciale et troubles auditifs.
- Zona buccopharyngé : peut gêner la déglutition.
- Zona sacré : peut entraîner une rétention urinaire.
- Zona disséminé : très rare, chez l'immunodéprimé, impose une hospitalisation.
6. Comment se fait le diagnostic ?
Le diagnostic est principalement clinique. L'aspect des lésions, leur disposition unilatérale et le trajet nerveux suffisent généralement. Dans certaines situations atypiques, des examens complémentaires peuvent être nécessaires : PCR sur le liquide des vésicules, examen ophtalmologique à la lampe à fente, IRM ou bilan ORL en cas de paralysie faciale.
7. Les complications à connaître
La surinfection bactérienne
Les vésicules rompues exposent à une infection cutanée à staphylocoque ou à streptocoque. Elle se manifeste par une rougeur croissante, des écoulements purulents, parfois une fièvre. Les soins locaux et la surveillance infirmière permettent de la détecter rapidement.
Les douleurs post-zostériennes (DPZ)
Elles touchent environ 50 % des patients après 50 ans et jusqu'à 70 % après 70 ans. Une douleur est dite post-zostérienne quand elle persiste plus de trois mois après l'éruption.
Le zona ophtalmique
Il peut se compliquer de kératite, d'uvéite, de glaucome secondaire. Le signe de Hutchinson (vésicules sur la pointe ou l'aile du nez) est un signal d'alerte qui prédit une atteinte cornéenne probable.
Le syndrome de Ramsay Hunt
Cette atteinte du ganglion géniculé associe une éruption auriculaire, une paralysie faciale périphérique, parfois une perte auditive ou des vertiges. Une prise en charge précoce améliore le pronostic.
8. Le traitement médicamenteux
Les antiviraux
Ils doivent être prescrits dans les 72 premières heures suivant l'apparition des vésicules :
- Valaciclovir (1 000 mg, 3 fois par jour, pendant 7 jours) : le traitement de référence.
- Aciclovir (800 mg, 5 fois par jour, pendant 7 jours).
- Famciclovir (500 mg, 3 fois par jour, pendant 7 jours).
Indications chez l'immunocompétent : tout zona ophtalmique ou auriculaire, tout zona après 50 ans, zona du sujet jeune avec facteurs prédictifs de DPZ.
Les antalgiques
Paracétamol pour les douleurs légères, tramadol pour les douleurs modérées à sévères. Pour les douleurs neuropathiques : gabapentine, prégabaline, amitriptyline.
9. La prise en charge infirmière à domicile
Le zona se prête particulièrement bien à un suivi à domicile. Les patients sont souvent âgés ou fatigués, la douleur limite les déplacements, et la surveillance des lésions réclame des passages réguliers.
Les soins locaux des lésions
L'infirmier réalise le nettoyage des lésions, l'application éventuelle d'antiseptique (chlorhexidine aqueuse, polyvidone iodée) et la pose de pansements protecteurs. La fréquence est généralement quotidienne pendant la phase éruptive.
Côté cotation NGAP : AMI 2 (pansement simple, 6,30 €) ou AMI 4 (pansement lourd et complexe, 12,60 €) selon l'étendue et la surinfection éventuelle. Une majoration de coordination infirmière (MCI, 5 €) peut s'appliquer.
L'évaluation et la surveillance de la douleur
À chaque passage, l'infirmier évalue la douleur grâce à des outils validés : EVA, échelle numérique, Algoplus chez les personnes âgées avec troubles cognitifs. Il vérifie l'observance du traitement antiviral et antalgique, et détecte les effets indésirables.
La détection précoce des complications
L'infirmier est souvent le premier professionnel à voir le patient au quotidien. Il sait reconnaître les signes d'alerte : extension de l'éruption, apparition de pus ou de fièvre, atteinte oculaire, troubles auditifs ou paralysie faciale. Tout signe préoccupant est signalé immédiatement au médecin traitant.
L'éducation thérapeutique
- L'importance de poursuivre le traitement antiviral sans l'interrompre.
- Les conseils d'hygiène : se laver les mains, ne pas gratter, porter des vêtements amples en coton.
- Les signes qui doivent faire reconsulter.
- L'intérêt de la vaccination, en particulier chez les proches de plus de 65 ans.
La prévention de la contagion
Le zona n'est pas contagieux en lui-même, mais le liquide des vésicules contient du virus VZV. Au contact direct, ce virus peut transmettre la varicelle (et non un zona) à une personne qui n'a jamais eu la varicelle ni été vaccinée. Une fois les lésions croûteuses, la contagiosité disparaît.
10. La vaccination contre le zona avec Shingrix
Les recommandations actuelles
La HAS recommande la vaccination par Shingrix pour tous les adultes immunocompétents de 65 ans et plus, et pour les personnes de 18 ans et plus dont le système immunitaire est défaillant (déficits immunitaires, VIH, greffe, cancers hématologiques, biothérapies).
Le schéma vaccinal
2 doses par voie intramusculaire, espacées de 2 à 6 mois. En cas d'immunodépression imminente, l'intervalle peut être réduit à 1 mois.
L'efficacité
Les essais cliniques ZOE-50 et ZOE-70 ont démontré une efficacité de 97,2 % chez les 50 ans et plus, et de 91,3 % chez les 70 ans et plus. La protection est maintenue plusieurs années.
Le remboursement
Depuis le 14 décembre 2024, Shingrix est remboursé à 65 % par l'Assurance Maladie pour les personnes recommandées. Le prix public est de 188,37 € TTC par dose. Le reste à charge est souvent pris en charge par les mutuelles.
Le rôle de l'infirmier dans la vaccination
Depuis le décret n° 2023-736 du 8 août 2023, les infirmiers libéraux formés peuvent prescrire et administrer Shingrix à domicile. L'acte est coté AMI 2,4 (7,56 €) sur prescription d'un autre professionnel, et AMI 3,05 (9,61 €) en cas de prescription par l'infirmier lui-même.
11. Les douleurs post-zostériennes : un défi à long terme
Les DPZ correspondent à des douleurs neuropathiques qui persistent au-delà de trois mois après la cicatrisation. Le patient ressent des brûlures continues, une allodynie (la simple effleurement d'un vêtement déclenche une douleur), des décharges électriques, des troubles du sommeil.
La prise en charge recommandée par la SFETD : en première ligne, antidépresseurs tricycliques (amitriptyline), gabapentinoïdes, patchs de lidocaïne à 5 %. En deuxième ligne : tramadol, capsaïcine en patch fort. En troisième ligne : opioïdes forts, techniques interventionnelles en consultation douleur.
12. Prévention et conseils au quotidien
- Un sommeil suffisant, régulier et de qualité.
- Une alimentation équilibrée riche en fruits, légumes, protéines et oméga-3.
- Une activité physique adaptée.
- La gestion du stress.
- Le maintien du suivi médical des maladies chroniques.
- À jour des vaccinations recommandées : grippe, pneumocoque, Covid-19, dTP.
13. Quand consulter en urgence ?
- Toute éruption au niveau du visage, en particulier sur le front, la paupière ou le nez.
- Une baisse de vision, une rougeur oculaire intense, une douleur oculaire.
- Une éruption auriculaire avec asymétrie du visage, troubles auditifs ou vertiges.
- Une fièvre élevée, une extension rapide de l'éruption, des signes neurologiques.
- Un zona chez une personne immunodéprimée, une femme enceinte ou un nouveau-né.
- Une douleur insupportable malgré les antalgiques prescrits.
En cas de doute, contactez votre médecin traitant, le 15 (SAMU) en urgence, ou pour les soins programmés, votre infirmier à domicile.
14. Foire aux questions
Le zona est-il contagieux ?
Le zona en lui-même ne se transmet pas. En revanche, le liquide des vésicules peut donner la varicelle à une personne non immunisée par contact direct. Une fois les lésions croûteuses, la contagiosité disparaît.
Peut-on attraper le zona deux fois ?
Oui, mais les récidives sont rares chez les sujets immunocompétents (moins de 5 %).
Combien de temps dure un zona ?
La phase éruptive dure deux à trois semaines, la cicatrisation deux à quatre semaines supplémentaires. Les douleurs peuvent persister bien au-delà.
Le vaccin Shingrix est-il dangereux ?
Non, son profil de tolérance est bien établi. Les effets indésirables sont le plus souvent locaux et transitoires.
Faut-il vacciner une personne qui a déjà eu un zona ?
Oui. La vaccination réduit le risque de récidive et de douleurs post-zostériennes. On vaccine à distance de l'épisode aigu, généralement après un délai d'environ un an.
L'infirmier peut-il venir vacciner à domicile ?
Oui, depuis le décret du 8 août 2023, l'infirmier libéral formé peut prescrire et administrer Shingrix à domicile, sauf chez les patients immunodéprimés où la prescription médicale reste nécessaire.
Peut-on faire le vaccin en même temps que celui contre la grippe ?
Oui. Shingrix peut être co-administré avec la grippe, le Covid-19, le pneumocoque, le dTP, sur un site d'injection différent.
Faut-il craindre la douche ?
Non, l'hygiène est essentielle. Une douche tiède, savon doux, séchage par tamponnement sans frottement est conseillée.
Comment soulager les démangeaisons ?
Un pansement protecteur, le port de vêtements amples en coton, des antihistaminiques sur prescription si nécessaire. Surtout, ne pas gratter.
Besoin de soins à domicile à Arcachon ?
Soins locaux pendant un zona, évaluation de la douleur, vaccination Shingrix : nous intervenons 7j/7 de 7h à 19h sur Arcachon.
Prendre rendez-vous ou 07 63 81 20 12Sources principales
- Haute Autorité de Santé, Recommandations vaccinales contre le zona, place du vaccin Shingrix, 29 février 2024.
- Santé publique France et données PMSI, fardeau du zona en France, 2008 à 2021.
- Ameli.fr, Reconnaître le zona, parcours de soins et vaccination.
- Vaccination Info Service (espace professionnels), fiche Zona, mise à jour 2025.
- ANSM et VIDAL, monographies du valaciclovir, aciclovir, famciclovir et Shingrix.
- SFETD, recommandations sur la douleur neuropathique.
- Arrêté du 5 décembre 2024 relatif au remboursement de Shingrix.
- Décret n° 2023-736 du 8 août 2023 sur les compétences vaccinales des infirmiers.
- Lal H et al., N Engl J Med. 2015;372:2087-2096 (ZOE-50). Cunningham AL et al., N Engl J Med. 2016;375:1019-1032 (ZOE-70).
Avertissement médical
Cet article a une vocation d'information générale. Il ne se substitue en aucun cas à une consultation médicale. En cas de symptômes évocateurs d'un zona ou de doute sur une situation, consultez votre médecin traitant. En cas d'urgence, appelez le 15.